Depuis un certain nombre d’années, le terme d’advocacy a commencé à circuler dans les bibliothèques françaises. On préfère généralement ce terme anglo-saxon qui évoque plutôt l’avocat que celui de plaidoyer qui évoque plus la plainte, ce qui n’est pas le propos de l’advocacy.

L’advocacy est un terme anglo-saxon qui signifie la promotion, le lobbying, la défense des bibliothèques auprès des communautés qui la fréquentent de près ou de loin. Portée par des associations nationales et internationales, elle consiste à défendre les bibliothèques, et à considérer que leur existence n’est pas une chose qui va se soi. Rencontres avec des élus, événements particuliers qui mettent en valeur les actions des bibliothèques… sont autant d’actions mises en œuvre pour défendre et affirmer le rôle des bibliothèques dans la cité ». Wikiterritorial.

« L’advocacy (ou plaidoyer) en faveur des bibliothèques porte la voix de celles-ci auprès des politiques et décideurs, financeurs et partenaires potentiels. Au-delà de la défense de leur existence et de leurs missions, il s’agit surtout de les inscrire dans les politiques publiques et les intérêts communs, de les rendre visibles en leur donnant une valeur du point de vue de l’interlocuteur. Entre relations publiques et militantisme, cette démarche est encore très peu présente en France, contrairement à de nombreux autres pays ». Association des bibliothécaires de France, https://www.abf.asso.fr/4/155/582/ABF/commission-advocacy

L’idée de l’advocacy est de rendre la bibliothèque plus visible, plus attirante aux yeux des décideurs et des publics.

C’est une démarche de communication qui n’est pas à la base dans l’ADN des bibliothécaires, plus habitués à proposer et laisser venir qu’à solliciter et aller chercher les publics et les élus.

Deux objectifs principaux à cette démarche :
  • *Exister : être plus visible, être mieux connue
  • *Obtenir : plus de reconnaissance, plus de moyens, plus de soutien, plus de collaboration

Campagne des bibliothèques de Tourcoing

Advocacy vers les publics

On trouve désormais beaucoup de communication des bibliothèques sur leur offre de service et leurs projets. Le développement des portails internet facilite ce type de communication, ainsi que le relais sur les réseaux sociaux. Le travers, cependant, de cette façon de faire est de risquer de ne toucher que les “déjà convaincus” et “déjà usagers”.

Il est plus difficile de toucher les publics non-fréquentants bien entendu. Dans ce registre de préoccupation, les bibliothèques développent désormais de plus en plus des campagnes de communication à destination de la population de leur territoire.

Cela peut passer par des affichages de rue et des diffusions sur les médias télévisuels. Cela passe aussi par des vidéos, de plus en plus nombreuses, sur YouTube notamment, qui présentent de nouveaux espaces ou de nouveaux services. Les bibliothèques se rendent ainsi plus visibles et dans un langage compréhensible par tout un chacun.

Un des domaines de l’Advocacy est donc tout simplement la communication. Le réflexe que doivent développer les bibliothécaires est de se dire qu’il ne suffit pas de faire les choses, encore faut-il les donner à voir. De nos jours, il est indispensable d’intégrer l’étape Valorisation à toute démarche de projet.

Advocacy vers les décideurs et les partenaires potentiels

Les bibliothèques ont l’obligation de retourner chaque année un rapport d’activité à l’Etat (Ministères de la Culture ou de l’Enseignement supérieur). Ce rapport contient des données statistiques qui permettent notamment de publier des synthèses nationales, de permettre le benchmarking (comparaison entre établissements) et d’alimenter les études sur l’évolution de l’offre française dans ce domaine.

Trop souvent, les responsables des bibliothèques se contentent de ce rapport ou d’une forme de ce rapport un peu commentée pour rendre compte de leur activité à leur autorité de tutelle. Et s’étonnent souvent de ne pas être lues et de n’être pas entendues dans leurs besoins de validation de projets et de moyens supplémentaires.

Communiquer pour être entendu suppose de s’intéresser au pré-requis de l’interlocuteur, à ses priorités, à ses compétences dans le domaine mais aussi à ses motivations à écouter et du temps dont il dispose.

On peut convaincre les autres par ses propres raisons, on ne les persuade que par les leurs.
Joseph Joubert (Moraliste français, XIXe siècle)

De fait, les bibliothèques constituent rarement la préoccupation prioritaire des décideurs qui ont de très nombreux autres dossiers à gérer et de très nombreuses autres demandes à arbitrer. La question est donc de savoir comment réussir à faire de la bibliothèque une de leurs priorités.

Pour ce faire, les associations de bibliothécaires comme l’IFLA (International Federation of Librarians Associations ans Institutions) ou l’ABF (Association des bibliothécaires de France) en France ont développé des démarches de recueil d’argumentaires, assorties d’outils utilisables par les professionnels. Il ne s’agit effectivement pas de réinventer sans cesse le fil à couper le beurre dans la mesure où la plupart des arguments sur l’utilité des bibliothèques sont les mêmes pour toutes.

Un des arguments à développer, sur lequel les professionnels ne se penchent souvent pas assez est la question de limpact des bibliothèques sur leur environnement et sur la société.

Infographie Advocacy de l’Association des bibliothécaires de France

La notion d’impact

L’AFNOR (Association française de normalisation) s’est penché sur cette question et a publié en 2014 une norme dédiée : “Les objectifs principaux de la CN46-8 consistent à offrir à la communauté les moyens de définir et traduire par des données fiables et pertinentes la réalité des bibliothèques, archives et musées en termes de collections, ressources, services et usages ; d’évaluer la performance des structures documentaires à l’aide d’indicateurs significatifs afin d’améliorer la qualité des services rendus ; et de mesurer et évaluer l’impact des bibliothèques et des politiques publiques afférentes“.

Comme chacun sait, il n’est toutefois pas si facile de décrypter et d’appliquer une norme. Celle-ci démontre cependant la possibilité d’évaluer cet impact de manière objective, factuelle, susceptible de convaincre des extérieurs à la profession.

L’impact des bibliothèques a été reconnu par différentes études en particulier dans les domaines suivants :

  • *Social : Intégration sociale, lutte contre le chômage, qualité de vie, cohésion sociale, citoyenneté
  • *Éducatif : Soutien à la réussite scolaire, formation tout au long de la vie, transmission et mémoire
  • *Économique : Soutien à l’emploi, contribution à l’attractivité du territoire, soutien aux entreprises locales (notamment en achetant leurs prestations et leurs produits)
  • *Culturel : Ouverture culturelle, diversité des pratiques culturelles

Voir à ce sujet l’intervention de Christophe Evans, sociologue de la lecture directeur du service Etudes et recherche de la Bibliothèque publique d’information, lors d’une journée d’étude sur le sujet en 2019. Il y explique les notions de valeur et d’impact et les questions que posent la façon de les évaluer.

Une étude réalisée par le Département du Val d’Oise en 2015 a notamment ainsi démontré que :

  • – (impact économique) 46% des usagers des bibliothèques valdoisiennes profitaient du passage à la bibliothèque pour faire leurs courses, que 52% des fournisseurs des bibliothèques étaient localisés dans le département,
  • – (impact social) 46% des usagers venaient accompagnés à la bibliothèques, que 50% des bibliothèques avaient monté des partenariats avec des structures sociales du territoire, que 75% des usagers estimaient que la bibliothèque avait une incidence positive sur leur qualité de vie.

En 2021, lors de la période du COVID, les bibliothèques comme les librairies ont été définies comme des services essentiels pour la population.

Rendre compte de l’impact de sa bibliothèque est moins facile que de rendre compte de son activité mais c’est souvent plus interpellant et donc plus convaincant pour les décideurs.

Savoir communiquer pour convaincre

La question de l’Advocacy est donc une question d’évaluation, de communication institutionnelle mais aussi une question de communication relationnelle.

Il s’agit en effet de savoir convaincre, donc de savoir à la fois écouter et parler pour être entendu.

Campagne du Département de l’Isère

La démarche s’exercera aussi lors de rencontres et de réunions de travail, lors de la participation à des évènements du territoire ou organisés par des partenaires, lors d’actions hors les murs auprès de publics non usagers, lors d’évènements de communication organisés par la Mairie comme la soirée des nouveaux arrivants dans la communes, lors d’évènements culturels aussi bien entendu. Dans ces occasions, il s’agira d’expliquer sans ennuyer, d’expliquer pour enthousiasmer et donner envie, dans un temps souvent court à des interlocuteurs éventuellement peu intéressés au départ.

Cela demande aux professionnels, en plus de la force de conviction, du lâcher-prise, de la pédagogie et beaucoup de bienveillance et d’empathie. Il faut ainsi apprendre à quitter le jargon professionnel, à s’intéresser aux préoccupations des interlocuteurs et, ce que font en principe déjà les bibliothécaires lors de l’accueil à la bibliothèque, à adapter le discours et la réponse à la question posée.

La bonne nouvelle est que la bibliothèque est un sujet facilement passionnant, galvanisant même, tant il est vrai que les services qu’elle offre à la population sont aujourd’hui indispensables à une collectivité qui veut à la fois renforcer la cohésion sociale, rester attractive et répondre aux besoins de ses habitants quels qu’ils soient.

Michel Melot, ancien président du Conseil supérieur des bibliothèques, l’affirmait dès le début des années 2000 : La bibliothèque est un service nécessaire à l’exercice de la démocratie”.

Et la sénatrice Sylvie Robert, à l’origine de la loi sur les bibliothèques publiée en décembre 2021, déclarait en 2015 : « A l’heure où les thèses sur le repli sur soi foisonnent et attirent, la bibliothèque demeure un formidable contre-exemple, un lieu d’ouverture aux Autres, un lieu d’ouverture au monde. La bibliothèque à ciel ouvert est un lieu de rassemblement cosmopolite à l’intérieur de la Cité, qui observe, décrit et dialogue avec le monde». Rapport sur les horaires d’ouverture des bibliothèques, novembre 2015.

Campagne Cyclo-biblio

N’hésitez pas à me contacter si vous souhaitez mettre en place une formation sur ce thème

POUR ME CONTACTER :

* indique un champ requis